Une conversation avec Diane Campeau, Ph.D. et chercheure pour les questions autochtones, amène toujours son lot d’éclaircissements. Elle a accepté de résumer la présentation donnée dans le cadre des grandes conférences FrancSavoir, de la Fédération des aînées et aînés francophones du Canada, et dont le sujet traitait de la représentation des Premières Nations dans les salles de classe.

Comme elle l’explique, pendant longtemps, la représentation des Premières Nations se résumait soit aux massacres perpétrés envers les missionnaires soit à deux colonnes dans les livres d’histoires : ce que font les nations algonquiennes et ce que font les nations iroquoiennes. « On voit que dans le passé, avant la Commission Vérité réconciliation, il y avait des façons très stéréotypées de parler des autochtones », rappelle-t-elle.

Du même souffle, Diane Campeau affirme que le rapport de la Commission royale de 1996 avait d’ailleurs fait le constat que la majorité des Canadiens connaissaient mal voire pas du tout l’histoire des Autochtones au Canada. « Ce qui est dommage, c’est que pendant longtemps, il n’y a eu aucun mouvement du milieu scolaire pour améliorer la situation. »

La Colombie-Britannique en avance

La Commission royale de 1996 faisait mention des drames reliés aux pensionnats, mais pas des changements à apporter aux milieux scolaires pour éduquer les Canadiens et Canadiennes. « C’est seulement à partir de 2015, avec les appels à l’action de la Commission Vérité et Réconciliation que les gens et les milieux scolaires et universitaires ont commencé à réagir », affirme Diane Campeau.

À ce sujet, la chercheure mentionne que la Colombie-Britannique est la province la plus avancée sur cette question. « La colonisation est plus récente en C.-B., et le développement économique de notre province s’est fait avec les ressources naturelles. Nécessairement, quand tu vas vers les mines et la forêt, il y a une Première Nation sur ton chemin. La différence avec l’Est, c’est qu’après l’exploitation des animaux pour leur fourrure, les échanges ont pratiquement cessé. » Ainsi selon Diane Campeau, les gens au Québec ont vécu tout un choc avec la Crise d’Oka. « Les Québécois ont réalisé que les Autochtones existaient encore ! »

C’est dans ce contexte que l’universitaire rappelle aux gens qu’il y a des premiers pas à franchir pour aller vers les Premières Nations. « D’abord, il faut connaître la ou les nations sur les territoires où l’on vit, car on ne se réconcilie pas avec des étrangers. On doit connaître leur langue, les caractéristiques de leurs territoires, leurs récits et légendes, etc. » Diane Campeau donne en exemple le récit du raton-laveur devenu tout blanc, une histoire de la nation Snuneymuxw, une nation des Salish de la Côte. Ce récit relate un phénomène actuel d’un raton laveur albinos qui vit actuellement sur une île près de Nanaimo.

Elle ajoute qu’il faut aussi connaître les savoirs autochtones (plantes, animaux, etc.), l’histoire (avant la colonisation, les activités traditionnelles, les protocoles), les nouvelles qui les concernent dans les médias, leurs priorités communautaires, etc. Il peut évidemment être difficile de trouver toute cette information. Une bonne source demeure le site Web du Conseil de bande ou Conseil tribal.

Des enjeux particuliers pour la francophonie

Aux dires de Diane Campeau, sur 630 communautés des Premières Nations, la majorité parle anglais. « Seulement une vingtaine de communautés ont le français comme première langue ou seconde, et elles sont toutes au Québec. Il faut dire que des membres de la grande nation Métis des Prairies sont aussi susceptibles de parler français. » Cette réalité l’amène à dire qu’il existe un immense besoin de traduction pour mieux faire connaître les diverses nations. « De plus, on peut comprendre que les francophones et les Premières Nations mènent le même combat pour la préservation de leur langue !»

En terminant, la principale intéressée espère que l’enseignement des symboles canadiens de la nature soit plus conséquent dans les écoles. Elle trouve désarmant que sur les murs des écoles primaires, on trouve des girafes et des éléphants, mais pas de castor, de rat musqué ou de huard.

« On demande à la prochaine génération de protéger la nature, mais pour la protéger, il faut aimer, pour aimer il faut connaître, pour connaître il faut une rencontre et si le seul oiseau que nos enfants peuvent nommer, c’est Twitter, c’est sur que la nature a un problème. »

GESTES À POSER

  • Trouver sur quel territoire autochtone se trouve votre résidence
  • Visiter le site internet de la nation locale
  • Revoir sa bibliothèque de livres pour enfants
  • Revoir les jouets en peluche afin d’assumer sa canadienneté